Merci pour cette intervention - d'autant plus intéressante que, pour une fois, elle émane d'une personne directement concernée par l'objet du débat.
Fabrice Colin écrit beaucoup. Cela signifie-t-il pour autant que sa production est de moindre qualité que celle d'un écrivain qui se malaxe la matière cérébrale à longueur de journée avant d'accoucher d'une demi-page (dans les jours fastes) ? Cela signifie-t-il en conséquence que celui qui, comme moi, ne pond au mieux que ses quatre pages dactylographiées quotidiennes, alors même qu'il s'acharne sur son travail de 8h00 du matin à 2h00 le lendemain, a moins de talent, ou a moins de chances que tel autre de devenir plumitif professionnel ?
Je ne le pense pas. Il y a des auteurs qui, comme M. Colin, sont capables d'écrire (et de publier) plusieurs livres par an; il y en a d'autres qui écrivent une trilogie et la vendent par centaines de milliers d'exemplaires. Je pense particulièrement à Erik L'Homme, qui confesse (qu'il m'arrête si je me trompe) n'écrire qu'un livre par an, ce qui ne l'empêche pas de vivre dorénavant de sa plume. (Pour ceux qui pourraient éventuellement me reprocher de toujours citer Erik, qu'ils sachent que ce n'est pas par pure vanité que j'avance mes liens d'amitié avec lui - il est simplement, parmi tous les auteurs que je puis fréquenter, le seul que je connaisse réellement, et le seul que je puisse légitimement appeler mon ami.)
Je crois - et j'en viens à ce que je voulais dire - que Fabrice Colin d'un côté, et Erik L'Homme de l'autre, représentent simplement deux aspects de la réussite littéraire : l'un publie abondamment, l'autre publie légèrement moins, et pourtant on peut avancer sans trop se mouiller que tous deux ont réussi dans leur activité - c'est-à-dire qu'ils ont réussi à transformer une passion en profession.
Pour ma part, l'exemple suffit à étayer mon hypothèse (ce qui est assez éloigné de la méthode scientifique, mais je m'en tape : je suis un littéraire), à savoir que, petit 1, la quantité de la production n'influe en rien sur sa qualité, et, petit 2, le nombre de bouquins qu'on est capable d'écrire dans une période donnée n'a rien à faire dans l'histoire.
Donc, en gros, argument inepte, inutile d'en parler.
Et c'est bien la preuve que, si la mécanique éditoriale pouvait être une science, elle tiendrait plutôt du modèle quantique : dans le monde étrange à M dimensions de l'édition, le comportement d'un livre fait montre d'à peu près autant de logique qu'un photon qui, s'étant copieusement gratté le menton pendant des plombes à se demander par quelle foutue fente de Young il allait bien pouvoir passer, se résout à passer par les deux - ou par aucune. Les paramètres innombrables qui président aux destinées d'un manuscrit sont des plus impondérables.
Quant à
John Moon a écrit:
Cela dit, faute d'augmenter les revenus, on peut baisser les dépenses. Il est évident que vivre en célibataire dans une ferme du Larzac avec potager est un plus.
, je ne puis qu'abonder, et là encore, je ne puis qu'apporter mon simple témoignage : j'arrive à survivre, parce que je vis dans le Lot et que j'ai réduit mes dépenses à leur plus simple expression, d'autant que je ne suis ni drogué, ni alcoolique, ni fumeur, ni joueur, et que je n'ai pas de femme : autant dire que je n'ai pas de vice dispendieux.