Pour accompagner la sortie de Codex Le Sorceleur, nous nous sommes entretenus avec Alain T. Puysségur, l’auteur de l’ouvrage, qui nous a livré certains détails sur sa conception !

Premièrement, pourquoi avoir choisi de faire un ouvrage sur le monde du Sorceleur, qu'est-ce qui vous a attiré le plus dans cet univers ?

L’univers du Sorceleur est un univers que j’apprécie énormément par les enjeux qu’il porte. La première nouvelle d’Andrzej Sapkowski a beau avoir été publiée en 1986, elle marque le point de départ d’un monde qui, aujourd’hui encore, propose de curieux échos aux problématiques qui font nos actualités. Le racisme, le patriarcat, la destruction des écosystèmes, les enjeux de pouvoirs avec des visions pleines de croyances, glissant vers le fanatisme et le totalitarisme, le repli des nations sur elles-mêmes, tout cela, nous le retrouvons au cours de notre lecture.

Je suis également très touché par la notion de destinée, qui est essentielle dans cette œuvre. À plusieurs occasions, elle apparaît comme la main divine qui rapproche ou qui éloigne les protagonistes, nous donne à voir une lutte incessante entre ce que les héros devraient être et ce qu’eux-mêmes cherchent à devenir. C’est au final, je pense, le genre de questionnement qui parle à toutes et à tous. Mais surtout, par-delà ces considérations, l’amour tient une place importante. C’est un amour malgré tout, pour des individus qui n’y semblaient pas prédestinés et qui apparaît comme la seule arme qui vaille véritablement dans un monde brutal et cruel.

Derrière l’idée de l’ouvrage Codex Le Sorceleur, il y avait avant tout la volonté de célébrer cela. Je souhaitais aussi, comme j’ai pu le faire pour d’autres univers qui me touchent, proposer une manière alternative aux nouvelles et aux romans d’aborder le Continent et ses protagonistes les plus marquants. C’est une voie d’accès qui permet de découvrir ou de redécouvrir l’univers du Sorceleur, ses mystères, sa construction, son histoire. Ce peut être l’occasion de comprendre plus spécifiquement quelque chose croisé sur Netflix, ou l’opportunité de retrouvailles entre un lecteur ou une joueuse avec celles et ceux qui l’ont ému.

Quand on souhaite aborder une œuvre aussi complexe qu'est le Sorceleur pour en faire un Codex, et donc un condensé accessible et compréhensible par tous, par quoi commence-t-on ? Quelles sont les clés pour démarrer l'élaboration d'un tel projet ?

On commence par tout relire, forcément. A. Sapkowski fait parti de ces auteurs qui placent des détails ou des indices de leurs univers au détour d’une phrase et auxquels ont ne fait pas forcément attention dès la première lecture. Cette nouvelle plongée est l’occasion de prendre bon nombre de notes, de croiser des informations, d’affiner les recherches pour avoir une vision d’ensemble. Le travail qui s’opère ensuite se fait avec l’éditeur, en l’occurrence Piéric. Comme vous l’indiquez, l’œuvre est riche, complexe, il a donc fallu opérer des choix sur ce qui allait être présent et ce qui pourrait paraître anecdotique. Nous avons donc travaillé à un plan général de l’ouvrage avant que l’écriture et la composition des illustrations ne débutent.

Quelle a été votre relation avec les illustrateurs & illustratrice pour l'élaboration de ce Codex ?

Mon éditeur, Piéric, a été le maître coordinateur entre Alexia, Johann, Émile et moi-même. Cela tient au travail qu’il avait déjà réalisé sur les nouvelles en grand format illustré et qui lui permettait de guider au mieux les illustrateurs. Il a ainsi pu, avec le directeur artistique des éditions Bragelonne, Fabrice Borio, répartir les différentes illustrations entre les trois artistes. Nous avons globalement travaillé en flux tendu. Ainsi, lorsque je terminais une entrée du codex, je m’empressais de l’envoyer – même s’il s’agissait d’une V1 assez grossière – à Piéric afin qu’il puisse s’en servir pour compléter le brief à destination des illustrateurs sur lequel il avait déjà commencé à travailler. Bien évidemment, l’ensemble des réalisations sont passées par le prisme de validation d’Andrzej [Sapkowski].

Vous en avez parlé sur Instagram : vous souhaitiez vous baser uniquement sur les nouvelles et les romans. C'est une démarche que l'on a retrouvé pour la série The Witcher, et avec les différentes œuvres audiovisuelles, il doit être difficile d'en faire totale abstraction lors de la création du Codex. Ainsi, vous avez sûrement dû diverger à certains moments lors de l'élaboration de ce projet, mais la question est où. Du coup selon vous, quelles sont les principales différences entre les romans et les adaptations, pour l'approche des personnages et des créatures ?

L’univers du Sorceleur est devenu un univers étendu. Les jeux, en poursuivant les écrits de Sapkowski, ont offert de nouvelles histoires, de nouvelles péripéties aux différents protagonistes. Cela est aussi vrai avec les productions réalisées par Netflix qui prennent certaines libertés, interprètent à leur manière des absences de personnages – c’est le cas de Sac-à-souris – et opèrent des connexions qui ne sont pas dites dans le matériau originel. Je pense ici à ce que nous avons pu voir dans le film d’animation The Witcher : Le cauchemar du Loup, notamment sa fin. Ma volonté consistait à revenir à la source afin d’en proposer une vision illustrée qui ne serait pas celle réalisée par Netflix ou CD Projekt.

La différence tient je pense à ce qu’il n’est pas question ici d’une adaptation – aussi bien réalisées soient-elles – pouvant servir un élément de game design ou un ressort narratif propre aux séries. Nous nous sommes contentés, autant que faire ce peu, de suivre la création de Sapkowski. Bien sûr, il a parfois fallu ruser et interpréter. C’est notamment le cas pour certaines créatures qui, sous le plume de Sapkoswki, ne sont rien de plus qu’un nom dans une énumération. Heureusement, l’auteur s’est inspiré de plusieurs éléments mythologiques qui fournissent quelques pistes très intéressantes.

Dans ce Codex sur l'univers du Sorceleur, il y a des informations sur les personnages, les monstres, mais aussi des passages des romans pour ajouter un peu plus de contexte et de profondeur à chacune des pages. Ainsi, quels sont les éléments (morceaux d'histoire, objets, personnages...) que vous vouliez absolument mettre dans ce Codex/qui vous tenaient le plus à cœur, et pourquoi ?

Les extraits me tenaient à cœur. Tout en rappelant la source de l’univers, ils consistaient pour moi à saisir ce qui fait la particularité d’un personnage ou d’une créature. Si je prends l’exemple de Calanthe, voici l’extrait choisi, tiré de la nouvelle « Une question de prix » issue du recueil Le Dernier vœu.

« Des gardes armés de guisarmes et de glaives arrivèrent en courant. Calanthe, raide et menaçante, leur indiqua Hérisson d’un geste brusque, souverain. Pavetta poussa des cris, Eist Tuirseach des jurons. Tous se levèrent les uns après les autres sans trop savoir comment réagir.

— Tuez-le ! cria la reine. »

Beaucoup de Calanthe se résume dans ces quelques lignes : le pouvoir qu’elle incarne, sa volonté de fer d’aller à l’encontre de la providence et de la destinée pour protéger les choses auxquelles elle tient : sa fille et l’avenir de son royaume.

Saisir l’essence d’un personnage, de son histoire, de son caractère ou des fêlures qui l’ont forgé, voilà ce que j’ai cherché à faire à travers ces citations et les présentations des personnages qui les suivent.

Merci beaucoup pour cet entretien !

Vous pouvez retrouver Codex Le Sorceleur d'Alain T. Puysségur en librairie et en commande ici.

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