À l’occasion du Prix Hellfest, j’ai trouvé l’opportunité parfaite pour vous parler de la sélection : 6 livres extraordinaires, 6 perles, mais il n’en restera qu’un ! Vous n’avez pas eu le temps de tout lire, vous voulez plus d’infos pour faire le bon choix ? Félicitations, vos pérégrinations sur les internets vous ont porté au bon endroit !

 

Au couvent de la Mansuétude, on forme des jeunes filles à devenir des tueuses. Dans les veines de certaines coule le sang ancien, révélant des talents presque disparus depuis que les Anciens ont accosté sur le rivage d’Abeth. Mais les maîtresses de la lame furtive ne mesurent pas ce dont elles ont hérité à l’arrivée de Nona, une enfant de huit ans qui a déjà du sang sur les mains. Ayant échappé à la potence, elle est recherchée par de puissants ennemis aux mystérieux desseins. Et au cours de son apprentissage de la voie de la lame, elle est rattrapée par les secrets d’un passé violent. Tandis qu’un soleil mourant se lève sur l’Empire, Nona devra affronter ses démons et devenir une redoutable guerrière si elle veut rester en vie…

Pour résumer donc, tout commence dans un couvent avec des nonnes ninjas, des nonjas ? Ce couvent est un véritable centre d’entraînement pour transformer des jeunes filles en machines de guerre. Mais dans les veines de certaines, coule un sang unique, le sang ancien, révélant des dons cachéset disparus depuis des générations…

 

Quand Nona, 8 ans, déjà quelques meurtres à son actif, atterrit au couvent de la Mansuétude, les maîtresses de la lame furtive (oui, oui, les nonjas) n’ont pas encore conscience du bourbier dans lequel elles se sont mises.

Nona est un aimant à problèmes, elle est recherchée par de puissants ennemis aux sombres desseins, et son passé ultra violent la poursuit…

Alors que l’Empire n’est plus qu’une terre de désolationNona devra apprendre la voie de la lame et devenir une vraie guerrière si elle veut survivre à ses démons et ses ennemis.


 

Mark Lawrence, marié et père de quatre enfants, occupe un poste de chercheur spécialisé dans l’intelligence artificielle. Il consacre son temps libre à sa fille handicapée, à un lopin de terre et à brasser de la bière tout en évitant ce qui s’apparente aux loisirs créatifs.

Précédemment, il nous avait déjà régalé avec la saga bien dark Le Prince Écorché.

Sœur écarlate est sa dernière nouveauté. Un univers sombre, des intrigues riches et des personnages complexes avec des dilemmes à leurs mesures, voilà ce que vous propose M. Lawrence dans ce bijou !


 
Avec Sœur Écarlate, Lawrence renoue avec les qualités du livre qui l’a fait connaître, Le Prince Écorché : une très jeune héroïne qui n’a pas froid aux yeux, un worldbuilding en béton, une tonalité sombre à souhait. Vous avez aimé Le Prince Écorché ? Vous allez adorer Sœur Écarlate. Mieux encore, les premiers lecteurs qui ont découvert le roman s’accordent à dire que c’est le meilleur cru de Lawrence jusqu’ici. Comme l’auteur l’a dit dans son blog, c’est aussi son « premier nouveau monde » depuis 2011, date de sortie de L’Empire Brisé, puisque Sœur Écarlate se déroule dans un univers totalement inédit : un empire au soleil mourant dominé par les glaces, où survit un ordre de sœurs guerrières. Alors n’attendez plus, rejoignez dès maintenant les maîtresses de la lame furtive ;)

Hania


L’illustration de la couverture est signée Bastien Lecouffe Deharme. Il a également travaillé sur des couvertures de romans de Clive BarkerH.P. Lovecraft ou encore Frank Herbert.

 
 
 

Envie de découvrir les premières pages ?

Si vous comptez tuer une moniale, assurez-vous que votre armée est de taille suffisante. Pour sœur Ronce du couvent de la Mansuétude, Lano Tacsis s’était entouré de deux cents hommes.

Depuis l’entrée du couvent, on distinguait tant les glaces du Nord que celles du Sud, mais le plus beau panorama vous offrait les contrées étroites, par-delà le plateau. Par temps clair, il était possible d’entrapercevoir la côte, le bleu suggéré de la mer de Marn.

Un jour, au fil d’une histoire à n’en plus finir, un peuple désormais tombé dans l’oubli avait érigé mille vingt-quatre piliers sur le plateau, des géants de Corinthe plus épais encore qu’un chêne millénaire, plus hauts que les longs pins. Une forêt de pierre sans ordre ni méthode, qui couvrait la partie plane du terrain de bord à bord, de sorte qu’en tout point on ne se trouvait jamais à plus de vingt mètres de l’une des colonnes. Et au sein de cette forêt, sœur Ronce méditait seule.

Les hommes de Lano commencèrent à se déployer entre les piliers. Ronce n’était pas en mesure de voir ou d’entendre l’ennemi approcher, mais savait à qui elle avait affaire. Un peu plus tôt, elle avait vu les soldats gravir le flanc ouest de la vallée du Styx, à trois ou quatre de front : des mercenaires pélarthis originaires des confins glacés, qui portaient des fourrures d’ours blanc et de loup des neiges par-dessus leurs protections en cuir, voire quelques éléments de maille plus ou moins ternis par l’âge ou brillants de nouveauté, selon que la chance avait souri, ou pas, à leur propriétaire. Beaucoup étaient armés d’une lance, quelques-uns d’une épée ; un sur cinq transportait également un petit arc en corne à double courbure. Les hommes étaient grands pour la plupart, le cheveu clair, la barbe courte ou tressée. Quant aux femmes, elles avaient les joues et le front barrés de traits de peinture bleue, comme autant de rayons de soleil froid.

 

Un instant se définit.

Le monde entier, incommensurable et hurlant, a surgi du fond des âges pour atteindre ce battement précis de ton cœur. Et si tu ne fais rien, l’univers, sans même reprendre son souffle, s’immiscera dans la faille de cette fraction de seconde pour rejoindre le moment suivant et fonder une nouvelle éternité. Tout ce qui existe, l’écho de tout ce qui a un jour existé et les fondements de tout ce qui existera doivent traverser cet instant qui n’appartient qu’à toi. Il t’incombe simplement de piquer leur curiosité, de faire remarquer ta présence.

Ronce n’esquissait pas le moindre geste, car il n’y a que lorsque vous vous tenez parfaitement immobile que vous pouvez être un centre. Elle n’émettait pas le moindre bruit, car ce n’est qu’en gardant le silence que l’on est capable d’écouter. Elle n’avait pas peur, car seuls les intrépides savent mesurer le danger.

Elle faisait sienne la forêt paisible, cet enracinement troublé propre au chêne lent et au pin vivace, une patience ô combien rétive. Elle faisait siens les tombants de glace limpide et profonde, qui gardent par-devers eux le bleuté de leurs secrets gelés pour les préserver de la vérité ambiante, ce témoignage d’âges patiemment accumulés et exposés à un subit effondrement. Elle s’unissait à l’enfant né un jour de chagrin, inerte dans son berceau, et à la femme tétanisée par sa découverte, cette maternité fugace et pourtant éternelle.

Ce silence était déjà ancien lorsque sœur Ronce avait reçu la lumière du monde en ouvrant les yeux pour la première fois. C’était une quiétude transmise de génération en génération, le sentiment de paix qui nous invite à contempler l’aurore, une muette alliance avec la vague et la flamme qui nous confisque la parole, nous place devant l’onde grossissante, ou fait de nous les témoins de la danse allègre du feu qui emporte tout. Ronce faisait sien l’enfant que l’on rejette sans un mot, ce mutisme qui blesse sans en avoir conscience, cette cicatrice infligée aux années à venir. Elle faisait siens tous les non-dits du premier amour, la langue liée, le mutisme contraint, le refus de souiller ce sentiment si radieux et si intense par quelque chose d’aussi grossier que les mots.

Ronce attendait. Intrépide comme les fleurs aux teintes vives, fragiles, ouvertes vers le ciel. Brave comme seuls peuvent l’être ceux qui ont déjà connu la défaite.

 

Des voix s’élevèrent jusqu’à elle, celles des Pélarthis qui s’interpellaient, dispersés dans les espaces libres du plateau. Leurs cris se réverbéraient contre les colonnes, de même que le brasillement des torches, le bruit d’innombrables pas qui se rapprochaient. Ronce fit jouer ses épaules sous sa suie de combat, raffermit sa prise autour des angles tranchants de ses étoiles de jet, le souffle paisible, le cœur emballé.

— En ce lieu, les défunts m’observent, souffla-t-elle.

Une exclamation retentit, toute proche, tandis que des silhouettes apparaissaient par intermittence entre deux piliers. Des silhouettes par dizaines.

— Je suis le bras armé de l’Arche. Mes assaillants connaîtront le désespoir.

Son timbre enfla en même temps que cette tension qui annonçait toujours le combat, cette vibration le long des pommettes, la gorge qui se serrait, la sensation d’être tout à la fois bien ancrée dans son corps et au-dessus de lui, autour de lui.

Le premier des Pélarthis apparut à petites foulées et, avisant la moniale, s’arrêta net. Il était jeune, les joues lisses mais le regard dur sous son casque en fer. Ses camarades se massèrent derrière lui et envahirent le champ de mort.

La sœur écarlate les accueillit d’un hochement de tête pensif.

Ce fut le signal.


 

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