Une sélection de la crème de la crème des auteurs. Il faut bien choisir. Vous avez envie d’en savoir plus sur les 6 romans choisis, les 6 auteurs ? Un concentré d’infos à portée de clic ? Attachez vos ceintures, on en est à l’épisode 3. Ceci n’est pas une défaillance de votre ordinateur…

 

Dans un XIXème siècle uchronique, la France domine le monde, les troupes napoléoniennes armées par la science voltaïque garantissant la paix de l’Empire. Dans cet hommage au roman populaire et à l’anticipation, des héros littéraires vivent des aventures bien différentes de celles qui les ont fait connaître.

Accompagnez Sherlock Holmes, le capitaine Nemo, Gavroche, Zorro, Watson ou encore Frankenstein dans leur lutte pour la liberté et la vérité. Et sur les pas de Jules Verne, de Conan Doyle ou encore de Victor Hugo, plongez dans les ombres de l’Empire Électrique !

Napoléon est mort à Saint-Hélèneeeee. Et bien, non !

Waterloo morne plaine, non plus !

Bienvenue dans un monde où Napoléon Ier gouverne l‘Europe et où les avancées dantesques de la science ont permis toutes sortes de miracles, du voyage dans le temps à la jeunesse éternelle. Ça s’annonce bien non ?

 

Un univers uchronique où se côtoie Sherlock Holmes, le capitaine NemoGavrocheZorroWatson ou encore Frankenstein ça vous paraît fou ? Et bien, imaginez que vous vous lancez dans une enquête avec cette même équipe de choc ?

Embarquez pour une aventure bourrée de références, un crossover avec les héros majeurs de la littérature de l’imaginaire, le tout porté par l’écriture exceptionnel de l’auteur…

Ce recueil de nouvelles vous fera voyager aux quatre coins du globe, dans un monde merveilleux où tout paraît possible !


 

Si vous cherchez Victor Fleury, vous le trouverez souvent à Lyon, dans un café, en train d’écrire ou de refaire le monde entre amis. Il aime ce qui est étrange, caché et oublié, et les littératures de l’imaginaire le passionnent.

Il a publié plusieurs nouvelles sous le pseudonyme de Vyl Vortex dans des anthologies, aux éditions Rivière Blanche, Luciférines, Le Grimoire et Arkuiris.

L’Empire Électrique est son premier recueil.


 
Sherlock Holmes ! Frankenstein ! Zorro ! Tom Sawyer ! Une galerie extraordinaire de héros échappés des œuvres populaires vous attend dans cet opus aussi vif et exaltant que la fée Electricité.
Le steampunk est un genre surprenant dont la définition et les limites sont floues car en perpétuelle évolution, au gré des caprices des auteurs qui s’emparent de son décorum. Les auteurs français y sont rares, et encore plus rares ceux qui en font quelque chose d’intéressant et passionnant. Victor Fleury est de ceux-là ! Car L’Empire électrique ne se déroule pas dans l’Angleterre victorienne classique du genre mais sous un empire napoléonien qui aurait triomphé au-delà de ce que la véritable histoire nous raconte. Et ce n’est pas la vapeur qui révolutionne la technique et la société, mais l’électricité. Laissez-vous entrainer à votre tour dans la lanterne magique de Victor Fleury pour un grand ride d’aventures et de machinations. Son talent est d’autant plus impressionnant que c’est sa toute première publication !

Stéphane


L’illustration de la couverture est signée Benjamin Carré. Il a également travaillé sur des comics (Star WarsMass EffectLantern CityBlade Runner).

 
 
 

Envie de découvrir les premières pages ?

Gambit, nom masculin :

Aux échecs, coup qui consiste à sacrifier une pièce afin de prendre l’initiative du jeu.

13 avril 1886

La nuit agonisait au-dessus de la mer. Face à elle, le capitaine Edmond Gérard patientait sur le port. À cette heure matinale, le printemps écossais se faisait froid. L’embrun nordique piquait comme malicieusement le Français en terre conquise, mais toujours étrangère.

Le hussard s’impatientait. Il aimait les charges, sabre au clair, les missions de reconnaissance stratégique et les réunions d’état-major. Ses supérieurs l’avaient pourtant éloigné de la guerre en le chargeant de jouer les cerbères auprès d’un détenu, un fameux enquêteur dont les talents se trouvaient requis par l’Empire. C’était cet homme que le capitaine attendait en ruminant dans la bise.

Enfin, émergeant de la brume rosie par l’aurore timide, la frégate pénitentiaire parut. Le navire, solide coque d’acier entraînée par une roue de belle taille, se traçait un rapide chemin d’écume sur les flots noirs. Le grognard reconnut le pavillon qui flottait à sa proue : il présentait les sinistres armoiries de La Graciosa, une île de l’archipel des Canaries dont le nom résonnait d’une ironie cruelle depuis que les Bonaparte en avaient fait leur plus grand bagne. Gérard avait une fois convoyé un opposant politique jusque là-bas ; il se rappelait avoir quitté les lieux avec soulagement.

 

La frégate se rapprochait du pont d’amarrage, grésillant de l’énergie voltaïque nécessaire au mouvement frénétique de sa roue de propulsion. Des arcs bleus éphémères, issus de son générateur, trouaient la semi-obscurité du port par intervalles irréguliers.

Le soldat avait beau côtoyer les machines les plus perfectionnées au sein de la Grande Armée, les prouesses rendues possibles par la science électrique le fascinaient. Volta, Ampère, Frankenstein… Autant de grands noms qui avaient fait la puissance technologique de l’Empire français. Ces savants au service des dynasties européennes étaient les bonnes marraines de la Fée Électricité, qui avait tant changé le monde en si peu de décennies.

Le navire pénitentiaire fut amarré, ses cordages noués par des marins aux mines patibulaires. La coque s’ouvrit à la façon d’une gueule béante, et vomit sur le quai un groupe de matons armés, portant uniformes et képis noirs, qui enserraient un unique prisonnier. Celui-ci était en mauvaise santé, accoutré de vêtements de marine en toile grossière, les joues creusées par les privations.

Le hussard dévisagea le détenu. Cet homme n’était plus bon à rien. Pourquoi recourir à cette loque ?

Ses longs membres maigres, entravés, accentuaient sa grande taille, mais c’était l’expression de son visage qui frappait. Le nez aquilin, la mine sévère, les yeux brillants d’une fièvre intelligente, il ne paraissait pas conscient d’être enchaîné, comme si sa propre situation ne le concernait pas. Il semblait perdu, trop haut pour sentir les coups que lui distribuaient ses geôliers en le forçant à avancer.

— Voici votre homme, déclara le sergent de la brigade pénitentiaire à l’intention de son contact, sans même l’avoir salué. Lorsque vous aurez signé ce document, il sera sous votre entière responsabilité.

Edmond Gérard prit la planchette et le stylographe que l’autre lui tendait, et griffonna à la va-vite son nom au bas du formulaire, pressé de se défaire de l’administratif. Pendant ce temps, le factionnaire détaillait son uniforme rutilant d’un regard morne.

— Capitaine des hussards impériaux, hein ? Bizarre de vous trouver perdu sur les docks d’Édimbourg : je pensais tous les vôtres mobilisés sur le front asiatique.

Le gaillard brun frémit de la moustache et fronça ses sourcils broussailleux. Ce peigne-cul le prenait pour un planqué. Il se retint de l’insulter : sergent la fouine pouvait décider de le ralentir afin de ménager sa pauvre fierté. Au lieu de ça, Gérard lui jeta un os à ronger.

— Le Vieil Aigle veut s’assurer que le gouvernement écossais ne prend pas l’affaire à la légère, grogna-t-il, évoquant l’empereur Napoléon II par le surnom affectueux que lui donnaient les vétérans. Il a personnellement requis mes services.

Le capitaine gonfla ses narines de taureau et serra de sa poigne nerveuse le sabre pendu à sa ceinture, manifestant son impatience. Il était, le temps de cette mission, l’œil et l’oreille de la France impériale, il n’allait pas laisser un petit chef maton le retarder.

— Il est à vous, confirma le sergent de sa désagréable voix de crécelle en récupérant son matériel. Vous autres, libérez le prisonnier !

 

Tandis que les matons s’activaient pour défaire l’homme maigre de ses chaînes, dans des cliquetis de clés et de verrous, l’officier se campa devant l’ex-détenu. Autant mettre les choses au clair dès à présent, pensa-t-il.

— Capitaine Edmond Gérard, du corps des hussards impériaux. Vous êtes maintenant sous ma surveillance. Obéissez-moi et tout se passera bien.

L’absence de réaction du gringalet irrita le Français. Comment être sûr que ce squelette était bien le célèbre détective qu’il devait récupérer ?

— Êtes-vous le dénommé Sherlock Holmes, continua-t-il d’une voix forte, condamné voici neuf ans pour incitation au désordre public, sédition, consommation de stupéfiants et complot contre la sûreté de l’État ?

Enfin, l’Anglais parut se rendre compte de sa présence. Il esquissa une grimace qui pouvait passer pour une tentative de sourire poli.

— Veuillez m’excuser, je ne me souviens plus de tous les chefs d’accusation, répondit-il, nonchalant. Pendant le procès, je prenais des notes à propos d’une autre affaire plus captivante.

Le prisonnier n’était pas aussi décati que l’avait cru le capitaine. Gérard détestait les petits malins dans son genre.

— Répondez simplement à mes questions, exigea le hussard. On a dû vous donner les raisons de votre présence en Écosse : comprenez-vous ce qui est attendu de votre part ?

Le détective se racla la gorge, victime d’une mauvaise toux.

— Je suis impardonnable, dit-il sur un ton ouvertement ironique, je ne devais pas non plus écouter à ce moment-là. J’étais en train d’être molesté par vos amis de la garde pénitentiaire, et je déteste faire plusieurs choses en même temps.

Le capitaine foudroya du regard les hommes de La Graciosa, qui, ayant livré le prisonnier, s’apprêtaient à rembarquer immédiatement. Il se promit de signaler leur comportement à sa hiérarchie. Des représentants de l’Empire Électrique se devaient d’être irréprochables en toutes circonstances : un ennemi vaincu méritait le respect. Le sergent responsable du transfert répondit à l’air furieux d’Edmond Gérard par un haussement d’épaules et un salut militaire approximatif qui signifiait leur départ. Le hussard choisit de les ignorer, et revint au détective qui massait ses poignets endoloris.

— Vous savez que l’Écosse libre et sa protectrice, la France, ont de nombreux ennemis, dont vous avez fait partie par le passé. Mais un homme n’est pas voué à rester le même toute sa vie. Vous êtes ici pour vous racheter, monsieur Holmes. Votre pays a besoin de vos talents si particuliers.

— Je n’ai jamais eu qu’un pays, rétorqua le détective, c’est Londres. Pour le reste, je crains de vous décevoir : vous ne vous servirez pas de moi contre la Résistance.

Gérard eut un geste d’agacement face à la mauvaise volonté affichée de l’Anglais.

— Il ne s’agit pas de cela. Votre frère et ses réseaux nationalistes ne présentent pas plus de danger pour l’Empire aujourd’hui que lorsque vous jouiez, jadis, à braver les autorités en vous compromettant dans leurs activités séditieuses. La menace dont je parle est d’une autre sorte. Depuis moins d’un an, un terroriste non identifié sévit dans le royaume, plus dangereux que n’importe lequel des rebelles auxquels la police écossaise a pu faire face par le passé.

— Allons donc, fit le détenu, goguenard.

Il méritait d’être rappelé à l’ordre. Le bagne ne lui avait-il pas enseigné l’humilité ?

— Ne riez pas ! Entre autres crimes, il s’est fait connaître en remplaçant pendant un mois le gouverneur des îles Hébrides, à l’insu de tous.

— Amusant, se permit Holmes. Comment a-t-il procédé ?

— Il prétextait la maladie afin de ne pas recevoir en plein jour, et utilisait le vrai gouverneur, qu’il droguait pour le faire agir à sa guise. La supercherie n’a été dévoilée que lorsque cet imposteur est parti de lui-même. On a retrouvé le gouverneur dans sa propre cave. Depuis, il ne se passe pas une semaine sans qu’une affaire portant la marque de ce malfrat ne nargue la police écossaise. Nous ne connaissons ni son nom, ni ses motivations : il se fait surnommer « Narcisse ». Il y a de cela une semaine, un vol a été perpétré au sein même du château royal d’Édimbourg. Nous ignorons comment cela a pu être possible. Narcisse n’a pas revendiqué ce méfait, mais il n’y a pas de doute quant à son implication. Nous attendons de vous que vous enquêtiez sur ce cambriolage, et que vous nous meniez jusqu’à ce terroriste.

Sherlock Holmes émit un petit reniflement de lassitude.

— Savez-vous, capitaine, expliqua-t-il d’un air pincé, que maintenir pendant dix ans un homme dans des conditions de vie exécrables est une très mauvaise façon d’obtenir sa collaboration.

Ignorant la remarque de l’Anglais, Gérard fit signe à une calèche, qui s’avança jusqu’à eux…


 

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