Par Paul Hartzuri

 

Amis rôlistes, amateurs de bastons imaginaires, de magie défectueuse et de quêtes impossibles mais qu’on prend quand même, j’ai dans ma besace un trésor qui, je vous le promets, ne pourra que vous enchanter. Laissez-moi vous présenter la petite pépite qu’est le tome 1 de Wyld écrit par le très sympathique et très Canadien (ça va ensemble vous me direz) Nicholas Eames.

Si je suis devenu fan de ce livre drolatique, c’est avant tout sous l’influence presque pas néfaste de DnD (Donjons et Dragons pour les plus sains d’esprit d’entre vous) et c’est bien mon cœur vibrant d’aventurier raté qui guide mes doigts alors que je tape sur mon clavier. Car, voyez-vous, s’il est un livre qui a saisi la quintessence, la substantifique moëlle d’une partie de jeu de rôle accompagnée d’amis barrés, c’est bien Wyld de Nicholas Eames.

Alors enfilez votre casque, lancez la bonne playlist hard rock /metal concoctée par le maître barde Nicholas Eames (à retrouver ici) affutez vos yeux, vous êtes fin prêt pour partir découvrir les étendues du Wyld et ses similitudes avec votre partie de JDR préférée.

 

Commençons par les os même de cette histoire, ceux sur lesquelles repose cette aventure tragi-comique, je veux parler bien sûr des personnages principaux de Wyld ! Laissez-moi vous présenter cette bande de joyeux vieux lurons qui vous rappelleront  à coup sûr certains de vos amis emportés par le maelström chaotique d’une campagne de JDR.

 

 

Gabe : le leader un peu louche mais vachement charismatique

 

On le connaît ce joueur qui a l’air complètement perdu et à qui tout réussi pourtant, ce mec qui arrive à se sortir de n’importe quelle situation alors même qu’il était parti pour clamser en premier. Il ne sait pas où sont ses armes, il est parti avec un sac de cailloux (le fou furieux) et il a la fâcheuse tendance de vouloir parler avec les monstres qu’il croise... Vraiment Jean-Jacques, tu veux parler avec le Dragon pour lui demander comment on va lui botter le cul ? Et forcément comme il se fourre toujours dans les pires ennuis, il nous entraîne tous dans la danse, mais dans le fond, on l’adore et c’est grâce à lui qu’on se fait les meilleurs souvenirs de partie.

 

Eh bien dans Wyld, ce leader fou furieux n’est autre Gabriel (Gabe de son petit nom) et je vous le donne en mille, il a paumé son épée (une épée légendaire en plus Môsieur), ces seules possessions terrestres sont... des cailloux et il a décidé d’entraîner le reste de sa vieille roquebande dans une quête impossible... une mission suicide : sauver sa fille au beau milieu du siège de Castia, et accessoirement d’une immense horde de monstres menée par un étrange homme-lapin.

Ah parce que oui, si vous n’aviez pas compris jusqu’ici, nos héros (ou faudrait-il dire, anti-héros ?) ne sont pas vraiment en parfait état pour se lancer à l’aventure. En tout cas, Gabe, lui, est vieux, adepte de la boisson et franchement sale.... Impossible, donc, de lui résister et de ne pas partir à sa suite sur les chemins pour y mourir au détour d’un sentier. Mais finalement, c’est ça être un vrai rôliste !

 

 

 Clay : la force tranquille

 

Forcément derrière le leader volubile et volatile, il y a toujours quelqu’un pour ramasser les pots cassés, pour stabiliser un peu l’équipe, le pilier du groupe quoi. Vous le connaissez aussi, c’est votre ami taciturne, qui ne parle pas beaucoup mais sur lequel vous savez que vous pouvez toujours compter. Il est toujours droit dans ses bottes, il répond toujours présent quand un camarade aventurier est dans le besoin (même si ses idées sont complètement d’un autre monde) et vous savez qu’il va prendre pour les autres, histoires qu’on puisse tous s’amuser en toute quiétude. C’est aussi celui qui sait garder la tête froide et ramener sur terre les aventuriers les plus insensés. Imaginez :

- J’ai un plan ! On rentre dans la grotte de la manticore, on tape sur nos boucliers pour l’attirer, toi Guthrum tu imites le bruit du tréant en train de tomber dans la forêt pour l’amadouer, comme ça j’utilise mon lance-cailloux magique pour lui crever les yeux, et là Sigurd pourra lui balancer une corde en poil de licorne pour la clouer au sol et Ubba la lardera de coups avec son couteau à pain extensible...

C’est là que le pilier du groupe va lui lâcher une grosse bourade dans le dos, histoire que son cerveau remonte dans sa tête et lui dire : 

- Alors, Siegfried, je pense qu’on pourrait peut-être réfléchir à une autre stratégie parce que là ton plan, il daube sévère.... 

 

Dans Saga, ce rôle de pilier fédérateur revient à Clay qui, finalement, est le seul mec un peu sensé du groupe qui a même réussi à se construire une vie presque convenable (on croirait presque que la célébrité ne lui manque pas tant il est stable). Clay, il a un grand bouclier, il protège tout le temps les membres de Saga des menaces extérieures mais aussi d’eux-même (parce qu’avouons-le, ils sont foutrement bons pour se mettre en danger sans avoir besoin de l’aide de personne) et en vrai, c’est le chic type de la bande même si c’est un taiseux !

 

 

 Moog : Le sorcier complètement frappé

 

Forcément quand on accueille un sorcier dans son groupe on s’imagine tout de suite, une personne mystérieuse au grand chapeau pointu et qui sait surtout tirer d’énormes boules de feu quand le danger se fait sentir (très important les boules de feu) et puis il sait faire fondre l’éclair sur ses ennemis (encore plus important les éclairs) et enfin s’il sait soigner ses compagnons c’est le nec plus ultra. Oui mais voilà, entre le rêve et la réalité, il y a un gouffre qu’on a bien du mal à franchir. En fait, dans une partie de JDR, on a bien plus de chance de se retrouver avec un mec bizarre au grand bâton tordu qui n’a dans son répertoire de sorts que des incantations défectueuses et de formidables potions phalliques. Ce sorcier-là est bien plus à même de faire pleuvoir les serpents et de vous surprendre en passant par votre miroir que de vous prêter assistance pendant une bataille rangée. Et pour couronner le tout, le bougre sera beaucoup plus intéressé par les personnes aux étranges maladies que vous pourrez croiser sur votre route que par la santé des membres de votre équipe. Et comme il se fiche bien des apparences, il peut bien déambuler en pyjama si cela lui sied.

 

Moog est comme ça, en plus frappé et en beaucoup, beaucoup plus gentil. En vrai c’est aussi un type cool qu’on aimerait bien fréquenter s’il n’avait pas une fâcheuse obsession pour les cadavres et pour les maladies contagieuses. Et on pourrait presque se faire à sa fixation sur les ours-hiboux (Bien sûr qu’ils existent vous dirait-il) et à sa collection d’araignées tisseuses. Mais en vrai, l’aventure sans Moog, ça serait vachement moins fun.

 

 Matrick : l’explosif roublard

 

Dans tout groupe d’aventuriers il est toujours là, tapi dans l’ombre, la dague au point, prêt à semer la zizanie dans vos plans pourtant si bien huilés. Parce qu’en vrai, les seuls plans qui comptent, c’est les siens, et il y a beaucoup plus de chances que vous en fassiez les frais que le monstre à la dentition extensibles qui braille juste devant vous. Vous le connaissez tous cet ami qui a décidé de jouer roublard pour pouvoir sauter sur les toits, détrousser les ennemis et les amis sans distinction aucune. Et comme les mauvaises habitudes ne viennent pas seules, il est aussi de ceux qui s’éclipsent à l’improviste alors que vous venez d’entrer dans l’antre du Demogorgon.

- Ah tiens, Alex n'est plus là, où est-il ? 

- Parti faire les poches des gobelins...

- Ah... 

Imaginez donc un roublard qui s’est rangé, un roublard qui a pris femme, reine de surcroît et qui s’est essayé à l’art de gouverner les hommes (et autres créatures magiques), un roublard qui a désormais cinq enfants dont pas un n’est sien. Eh bien vous avez là Matrick, l’homme aux deux dagues de Saga. Et même s’il a accumulé les kilos, il reste sacrément dangereux et il est tout autant erratique dans ses décisions. Se faire passer pour mort, quitter son royaume, s’engager pour une mission suicide, il sait faire... Et comme un problème n’arrive jamais seul, il emmène avec lui un bon gros bagage de problèmes, cadeaux courtois de son ex-dame harpie qui espère bien pouvoir l’effacer de la surface de ce monde. Eh oui, avoir un roublard dans l’équipe ça pimente quand même vachement les choses. C’est comme faire une partie de Tetris avec les yeux bandés et en tenant la manette avec les pieds.

 

 

 

 Ganelon : la brute de décoffrage

 

Pour compléter son équipe, il est toujours de bon ton d’inviter son ami un peu (complètement) bourrin. Cette personne sans peur et sans reproche à qui on dit « tiens, un minotaure ! » et qui entend «à l’attaque». Son arme de prédilection ? La hache bien sûr et ne rien porter d’autre que celle-ci, histoire de vraiment défier les probabilités. Forcément c’est aussi lui qui décide de tuer des gardes alors que tout le monde avait bien dit qu’on était juste là pour aller à la taverne récolter des informations. Mais quand on le regarde mal, vous comprenez, il est obligé de sortir sa hache pour tailler dans le vif et laver son honneur.

 

Ce type qui cogne sur tout, qui est le premier au front et qui vit pour combattre les pires monstruosités de l’univers, dans le tome 1 de Wyld, c’est Ganelon. Un dragon devant lui ? Même pas peur... Il serait prêt à défier une montagne. Et comme le bougre a été condamné à dix-neuf années de pétrification, il n’a pas pris une ride. Forcément ça tranche face aux quatre autres héros grabataires qu’il se traîne.

 

Bonus mystère : le parfait novice et le barde désabusé

 

Vous connaissez ces deux joueurs, le premier découvrant les joies du JDR lors de sa première partie, émerveillé par l’étendue des possibles qui s’ouvre à lui. Le deuxième barde acide à la langue aiguisé vous chante une balade alors que les coups de kobolds pleuvent et les dents du piège se referment cruellement sur vous. Après tout, n’est-il pas barde pour chanter et pour se moquer ?

 

Eh bien, pour compléter notre joyeuse bande de drilles qu’est Saga, vous découvrirez ces deux personnages, un Ettin bien heureux, géant à deux têtes, s’émerveillant de la beauté du commun, et un barde insensible qui ne craint pas la mort et que seul son art porte !

 

 

Vous prendrez bien un ours-hibou pour la conclusion : Owlbear // Stas Borodin

 

 

Voilà, vous les avez tous... Et je suis sûr qu’au détour de ces descriptions vous avez reconnu un ami, une connaissance, ou un nouveau compagnon croisé au détour d’une partie de JDR. Et c’est aussi ça qui est beau dans Wyld avec cette superbe galerie de personnages humains (trop humains), vieux, usés, mais terriblement drôles : en fait, ils ne collent pas du tout aux archétypes de la fantasy qu’on a l’habitude de nous servir. On ne parle pas d’un péquenot dans un village qui s’est découvert l’élu d’une prophétie ou d’un vieux sorcier venu lui apprendre la vie, non ! On a en face de nous de vrais humains avec tout plein de défauts, plein de côtés inoubliables, un peu comme les compagnons de rire et d’infortune qu’on se fait autour d’une table de JDR.

Mais ce n’est pas que dans les personnages que Wyld sait en tout point comment manier l’incroyable énergie qui se déploie lors d’une partie de JDR. Tous les codes du jeu sont présents dans Wyld.

Les retrouvailles entre amis, la quête gargantuesque (impossible qu’il dirait) pour sauver le monde (ou presque), les péripéties étranges à la recherche d’artefacts perdus, les rencontres parfois heureuses souvent malheureuses, les souvenirs créés et puis beaucoup, beaucoup de bière, de Hard Rock et de Metal dans cette terre où les Roquebandes sont légion, voilà l’essence même de Wyld et ce qui fait de ce livre un pur substrat de JDR. Alors une fois que vous avez ça, forcément que tout n’est pas aussi prévisible que dans un livre de Fantasy plus « traditionnel ». Les Miroirs sont poreux, les zeppelins peuvent tomber à tout moment, et on peut se prendre d’affection pour une tribu d’anthropophages.  Et puis cette bataille finale, cette bataille finale ! On dirait le dernier acte né de l’esprit complètement fou d’un Maître du Jeu aguerri.

 

Parlons-en d’ailleurs du maître du jeu de ce livre (car c’en est bien un). S’il y a une chose dans laquelle Nicholas Eames excelle, c’est bien sa capacité à manier mille références (mille easter eggs pourrait-on dire) qui rendront la lecture encore plus savoureuse, telle une chasse inattendue. Que ce soient des références au monde même du JDR, à la fantasy plus généralement et surtout, surtout au monde du Hard Rock / Metal des années 80 (ACDC all the way) Eames est un maître du clin d’œil bien dosé, et ça, ça roxxe !

 

Vous l’avez compris après tout cet article, si vous n’avez pas encore plongé dans l’univers de Wyld, dans ses roquebandes qui ressemblent à s’y méprendre à vos groupes de hard rock de fin du XXe siècle préférés... Mais qu’attendez-vous ? Foncez ! Que vous soyez fan de JDR, féru de Metal, fana de Fantasy... ou pas, la route du Roque n’attend que vous !

 

 Illustration de la bannière : Battle Of the Bands // Felix Ortiz

 Illustration de couverture du tome 1 de Wyld : Pierre Santamaria

Et un grand merci à Manon D. pour les fiches de personnages JDR des membres de Saga ! 

 

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